Mélissa
Assise sur mon sofa, mon cellulaire entre les mains, j’hésite à appuyer sur la flèche « envoyer ». Mon pouce flotte au-dessus de l’écran, recule, puis revient s’y poser sans jamais exercer assez de pression. Mon cœur bat un peu plus vite, tandis que je relis pour la troisième fois les quelques lignes affichées dans ma conversation avec Jay.
Salut Jay. J’ai un service particulier à te demander. L’un de mes fidèles abonnés m’a fait une requête spéciale en vue d’Halloween. Une mise en scène avec un stalker et des jouets. Tu porterais un masque tout au long du tournage et tu serais également payé.
Je pince les lèvres. Écrit comme ça, ça semble presque banal. Une collaboration. Rien de plus. Mais je n’ai encore jamais laissé quelqu’un entrer dans cette partie de ma vie. Jusqu’ici, mes tournages m’appartiennent entièrement. Je décide de tout : ce que je montre, ce que je garde pour moi, jusqu’où je vais. Derrière l’écran, je maîtrise chaque détail. Inviter quelqu’un à partager l’écran avec moi, même pour jouer un rôle, fait naître une étrange tension au creux de mon ventre.
Je me mords le bout du pouce de ma main libre. Pourquoi Jay ? Parce qu’il est à l’aise avec ce genre de choses. Parce qu’il ne s’embarrasse pas de sentiments inutiles et qu’il assume parfaitement son goût pour les aventures sans lendemain. Avec lui, au moins, les limites devraient être simples. Claires. Pas de sous-entendus. Pas d’attentes le lendemain matin.
Je fixe encore un instant la petite flèche. Puis j’appuie. Le message disparaît aussitôt de ma zone de texte pour apparaître dans la conversation. Envoyé.
— Merde…
Je laisse retomber ma tête contre le dossier du sofa, partagée entre l’envie de rire de ma propre nervosité et celle de récupérer mon message avant qu’il ne le lise. Trop tard. À peine quelques secondes plus tard, la notification de mon téléphone retentit dans le silence du salon. Je sursaute. Déjà ? Mon regard tombe sur son nom.
Jay : Dis-moi où et quand.
Un sourire m’échappe malgré moi. Évidemment. Pas de question. Pas d’hésitation. Pas même un qu’est-ce que tu entends par stalker ? Jay. Mes doigts se posent sur le clavier. Cette fois, je n’hésite presque pas.
Moi : Chez moi, dans deux semaines.
J’appuie sur « envoyer », puis demeure immobile, les yeux rivés sur notre conversation.
Deux semaines plus tard
JAY
J’ai déjà filmé mes ébats avec une ex-petite amie. Une fois. Sur le coup, l’idée nous avait semblé excitante, presque interdite, mais personne n’avait jamais visionné la vidéo à part nous deux. Nous l’avions détruite peu de temps après.
Cette fois, c’est différent. Des inconnus vont regarder.
Étrangement, cette pensée ne me gêne pas. Elle produit même l’effet inverse. Une décharge d’adrénaline me traverse chaque fois que j’y pense. L’idée de me retrouver devant une caméra en sachant que, quelque part derrière leur écran, des gens vont observer chacun de mes gestes éveille en moi une curiosité que je ne me connaissais pas.
Je n’ai jamais été le genre de gars gêné par mon corps ou par ce que les autres peuvent penser de moi. Alors, quand Mel m’a demandé de participer à son tournage, je n’ai pas eu à réfléchir longtemps avant d’accepter.
Et puis, il faut dire que le concept a quelque chose de franchement intrigant. Nous avons élaboré une mise en scène à partir de sa demande avec quelques jouets pour parfaire le tableau.
Mel à sélectionner trois pièces qui correspondaient très bien au thème. Quand elle me les a montrés en m’expliquant ce qu’elle avait imaginé pour le tournage, j’ai compris une chose : cette expérience n’aurait absolument rien à voir avec la petite vidéo amateur que j’avais tournée autrefois.
Et, à ma grande surprise, j’avais vraiment hâte de découvrir où Mel allait mener son histoire.
Je me retrouve donc caché dans sa garde-robe, torse nu, vêtu d’un pantalon cargo noir et de bottes militaires. Le masque de Ghostface dissimule entièrement mon visage.
La porte, laissée entrouverte, m’offre une vue presque parfaite sur son lit.
La lumière diffuse de l’anneau éclaire juste assez le centre de la pièce, tandis que de petites bandes de néons colorés baignent les murs d’une lueur tamisée. Le mélange crée une ambiance à la fois sensuelle et inquiétante, parfaitement adaptée au scénario qu’elle a imaginé. Dans l’ombre de la garde-robe, ma silhouette se fond presque entièrement dans le décor. Presque. Juste assez visible pour que les spectateurs attentifs remarquent ma présence avant elle.
Quelques secondes s’écoulent avant que la porte de la chambre s’ouvre. Mel entre. Elle porte le petit uniforme de collégienne qu’elle m’avait montré plus tôt : une jupe à carreaux noirs et rouges et une chemise blanche. Elle laisse tomber son sac à dos près du lit avant de s’asseoir sur le rebord du matelas, son cellulaire à la main et des écouteurs dans les oreilles.
À partir de maintenant, je ne dois plus voir Mel. Je dois voir le personnage qu’elle interprète. Une fille seule dans sa chambre, complètement absorbée par ce qui se passe sur son écran et inconsciente de la présence qui l’observe depuis l’obscurité.
Son regard demeure rivé à son téléphone. Une expression de fascination se dessine progressivement sur son visage, suivie de ce petit sourire qui me fait comprendre ce qu’elle est censée regarder. Quelque chose qui lui plaît. Beaucoup.
Exactement comme prévu, je reste parfaitement immobile derrière la porte, mais je sens déjà toute ma concentration se resserrer autour d’elle. C’est étrange de l’observer ainsi.
Mel s’étend doucement sur le dos, ne détournant pas son regard de l’écran. Sa main libre glisse jusqu’à la petite commode placée près du lit et ouvre le tiroir. Je sais déjà ce qu’elle va en sortir. Le premier jouet. Le Magicien.
Un sourire étire mes lèvres derrière mon masque. Sa main remonte ensuite jusqu’à sa chemise. Elle défait tranquillement le premier bouton, puis le suivant, toujours absorbée par son téléphone. Je suis chacun de ses mouvements depuis l’ombre de la garde-robe, fasciné malgré moi par l’aisance avec laquelle elle joue son rôle.
Lorsque les pans de sa chemise s’écartent, une surprise m’attend. Sous le tissu blanc se dévoile une brassière de dentelle à bonnets ouverts qui laisse voir ses mamelons érigés. Ça, elle avait omis de me le mentionner. Mon sourire s’accentue.
Avec l’embout vibrant du Magicien, elle titille la pointe de ses seins. Son téléphone finit par être abandonné sur le matelas et sa main désormais libre disparaît sous sa jupe. Toute notion de mise en scène commence dangereusement à s’effacer de mon esprit.
Je baisse les yeux une seconde. Mes doigts gantés de cuir s’affairent à la braguette de mon pantalon et je libère mon érection. La matière noire et lisse qui recouvre mes mains ajoute quelque chose de plus sombre encore au personnage que me renvoie mon reflet.
Après quelques mouvements de va-et-vient, je m’empare du Casper, que j’ai pris soin de lubrifier avant le début du tournage. Le cuir rend mes gestes légèrement différents, moins naturels, mais ça fait partie du costume. Le réalisme, c’est bien. Le confort reste quand même prioritaire. Même lorsqu’on joue les psychopathes masqués.
Je glisse la gaine texturée autour de ma verge, puis positionne l’anneau pénien derrière mes testicules. Le Casper englobe ainsi complètement mon sexe. J’active le bullet intégré et les vibrations se propagent aussitôt, ajoutant une nouvelle dimension aux sensations.
Je reprends mes mouvements de va-et-vient, plus lentement cette fois, tout en gardant les yeux rivés sur Mel. Même à travers les ouvertures étroites du masque, rien de ce qu’elle fait ne m’échappe.
Elle éloigne progressivement le Magicien de sa poitrine pour le faire descendre le long de son corps. Sa main libre remonte légèrement le tissu de sa jupe tandis qu’elle écarte davantage les cuisses. L’embout vibrant vient alors remplacer ses doigts entre ses jambes.
Ma respiration s’alourdit derrière le masque. Je savais exactement ce qu’elle ferait. Nous avions préparé chaque étape ensemble, discuté de la mise en scène et déterminé le moment précis où je devrais enfin quitter ma cachette. Mais le savoir et assister à la scène sont deux choses complètement différentes. Je resserre ma prise sur le Casper. Putain. Attendre mon signal risque d’être beaucoup plus difficile que prévu.
Mélissa
Je sais qu’il m’observe. À ce moment même, il devrait être en train de se masturber sans me quitter des yeux. Et, contre toute attente, cette certitude m’électrise. Le savoir là, caché à quelques mètres de moi, sans pouvoir encore me toucher alors que je me donne du plaisir en solitaire, ajoute une dimension au scénario que je n’avais pas anticipée.
Savoir que des dizaines, peut-être même des centaines d’inconnus m’observent derrière leur écran me procure normalement cette délicieuse montée d’adrénaline que je recherche chaque fois que je lance un direct. J’aime me savoir regardée. Désirée.
Mais ce soir, c’est différent. Ce ne sont pas eux qui occupent mes pensées. C’est Jay. La simple idée de le savoir caché à quelques mètres de moi, le visage dissimulé derrière son masque, son torse musclé couvert de tatouages, suffit à faire grimper mon adrénaline d’un cran.
Depuis que je l’ai vu enfiler ce masque, quelque chose a changé. Ce n’est plus seulement la mise en scène qui m’excite. C’est lui.
Avant même d’entrer dans la pièce, mon corps était déjà réceptif.
La vibration de la petite boule du Magicien n’a pas eu besoin de me stimuler longtemps pour que ma chatte se retrouve mouillée. J’abandonne mon téléphone sur le matelas et laisse ma main se glisser entre mes cuisses. Mes doigts dessinent quelques mouvements circulaires, explorent lentement, puis s’écartent pour laisser place au stimulateur à succion.
J’active la fonction et, à peine l’embout posé contre mon clitoris, celui-ci se fait aspirer par vagues. Les premières pulsations me font retenir mon souffle. J’augmente progressivement l’intensité et ferme les yeux, saisie par les sensations qui déferlent à travers mon corps.
Lorsque je les rouvre, Jay se tient devant moi, son membre dressé dans sa paume. Je déglutis.
Pendant une fraction de seconde, j’oublie complètement la caméra, le scénario et le rôle que je suis censée jouer. Je reste simplement là à le fixer, déstabilisée par l’image qu’il me renvoie. Le masque dissimule ses traits et ne laisse rien transparaître de l’homme que je connais.
Puis je me souviens. Je suis censée avoir peur. Dans la réalité, découvrir un inconnu masqué en train de se masturber dans ma chambre aurait coupé net toute forme de désir. J’aurais probablement hurlé avant de chercher le moyen le plus rapide de foutre le camp. Mais au lieu de faire retomber l’excitation, sa présence devant moi ne fait que l’amplifier. Je dois puiser dans mon jeu pour laisser la peur apparaître sur mon visage alors que tout ce que je ressens véritablement se situe à l’exact opposé.
Le Magicien quitte mon clitoris, mais les sensations, elles, persistent. Je prends appui sur mes coudes et recule instinctivement sur le lit. Jay referme aussitôt ses mains sur mes chevilles et me ramène vers lui d’un mouvement ferme, faisant remonter complètement ma jupe, exposant ainsi mon sexe. Je ne distingue pas ses yeux derrière le masque, pourtant je sens son regard posé sur moi. Il s’attarde un instant entre mes cuisses avant de remonter lentement le long de mon corps jusqu’à mon visage.
Il immobilise mes bras au-dessus de ma tête, emprisonnant mes poignets d’une seule main. L’autre remonte jusqu’à ma nuque et s’y referme. Malgré le cuir qui recouvre ses doigts, j’en distingue parfaitement la pression.
Je me cambre malgré moi et je l’imagine parfaitement satisfait de la réaction qu’il vient de provoquer. Son membre, chaud et dur, effleure l’intérieur de ma cuisse, m’arrachant un frisson.
Sa main poursuit son exploration sur ma poitrine. Il pince mes mamelons l’un après l’autre, puis ses doigts descendent lentement vers mon nombril. À cet instant, je voudrais qu’il continue à me toucher, qu’il poursuive sa trajectoire, mais il s’arrête.
À la place, il saisit le Magicien que j’ai laissé sur le lit, toujours en marche.
Il l’enfonce doucement en moi, m’arrachant un gémissement. Il libère ensuite mes poignets et accélère progressivement la cadence, rendant ses va-et-vient plus rapides et plus profonds. Sa main désormais libre retrouve ma poitrine, ses doigts se refermant sur mes seins tandis que les sensations gagnent en intensité.
Après quelques minutes, il s’immobilise. Ses mains agrippent mes hanches et, d’un geste ferme, il me retourne pour me placer à quatre pattes. Les fesses offertes, la tête entre mes bras, je me retrouve parfaitement positionnée en levrette. Ses doigts glissent entre mes lèvres trempées de cyprine avant de remonter jusqu’à mon anus pour l’humidifier. Il commence par en caresser l’entrée, la stimulant lentement de l’extérieur. Puis, une sensation froide et poisseuse me surprend : du lubrifiant. Il poursuit ses caresses quelques instants avant d’insérer progressivement un doigt.
Il s’empare ensuite de Lumos et reproduit la même préparation. Lorsque le dildo me pénètre enfin, je redresse brusquement la tête et laisse échapper un long gémissement. Les doigts de Jay se glissent dans mes cheveux, les rassemblent en une queue de cheval improvisée et les maintiennent fermement dans son poing.
Les mouvements du Lumos déclenchent une succession de contractions vaginales et ma respiration devient de plus en plus haletante. Puis je sens la chaleur de Jay contre moi. Son membre vient se placer à l’entrée de mon vagin. J’attends une seconde, juste assez longue pour accroître encore mon impatience, puis il se glisse lentement en moi.
À cet instant, j’oublie tout. La caméra. Les inconnus derrière leur écran. Même le scénario que nous avions soigneusement préparé. Je m’abandonne complètement aux sensations.
Les grognements de Jay ne tardent pas à se mêler à mes gémissements. Lorsqu’il se retire, je me retourne sur le dos et le laisse déverser sa semence sur ma poitrine. Sa main gantée vient ensuite la caresser, étalant son foutre sur mes seins avant que ses doigts remontent jusqu’à ma bouche. Le cuir effleure doucement mes lèvres.
Je ferme les yeux, encore essoufflée, laissant les dernières sensations de nos ébats retomber lentement. Puis sa présence disparaît. Je l’entends à peine s’éloigner, mais je résiste à l’envie de rouvrir les yeux immédiatement. Le scénario n’est pas tout à fait terminé.
Quelques secondes passent. Lorsque je les ouvre enfin, Jay n’est plus là. Je suis seule. Comme si l’homme masqué qui vient de traverser ma chambre n’avait jamais existé.
Un bip brise le silence. Mon cellulaire. J’étire le bras pour le récupérer et découvre une notification de Jay.
JAY : Je suis partant pour une nouvelle mise en scène avec un trio aussi frissonnant.